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Pix’l : le potentiel « Kalash » de l’Ile de La Réunion 💎

Si vous suivez ce média depuis ses débuts, c’est-à-dire Juin 2018, vous devez savoir que je suis originaire de l’Ile de la Réunion. J’y ai d’ailleurs vécu les 20 premières années de ma vie avant d’aller m’installer en Métropole pour continuer mes études.

 

J’ai beau avoir quitté l’île depuis 2013, j’y reste très lié étant donné que toutes mes attaches y sont encore (famille, amis, etc) et j’y retourne chaque année pour rester imprégner de la culture locale et surtout revoir mes proches.
Depuis quelques semaines, l’Ile de la Réunion est dans tous les média de l’hexagone à la suite du mouvement des « gilets jaunes » et de la crise sociale qui a durée un peu plus d’une semaine sur l’île.
Par le plus grand des hasards, cette vague médiatique a été parfaitement synchronisée avec le retour d’un artiste réunionnais, qui n’a rien avoir avec le mouvement social, mais que j’affectionne beaucoup et depuis toujours, Pix’l. Alors je me suis dit, pourquoi pas vous faire découvrir ou vous donner plus d’éléments de découverte sur un artiste réunionnais qui a, d’après moi, l’étoffe de « jouer » à l’échelle nationale, voire internationale.

 

Pour se faire, j’aimerais mettre en lumière son parcours en le comparant au succès déjà établi de Kalash, la star martiniquaise du Hip-Hop et du Reggae DanceHall.

 

Destins liés

 

Pour ceux qui ne connaissent pas Kalash, de son vrai nom Kevin Valleray – c’est un rappeur/ chanteur de Reggae DanceHall martiniquais. Il est né à Strasbourg mais vit son enfance à Fort-de-France avec son père, professeur de philosophie et profondément imprégné de valeurs religieuses.

 

Kalash a.k.a Kevin débute la musique très jeune et ses inspirations viennent de divers horizons comme le reggae avec Bob Marley, la pop avec Michael Jackson et même des inspirations plus locales des Antilles comme Admiral T ou Bounty Killer.

 

Kalash

 

A force de pratique et de détermination, assez jeune,  Kalash se fait connaitre dans tous les soundsystems Dancehall des Antilles et la première véritable marche vers le succès va se faire en 2010 à la sortie de son premier album Kalash.

 

De l’autre côté du globe, dans l’Océan Indien, l’histoire de Pix’l débute grâce à l’union d’une mère réunionnaise et d’un père mauricien, musicien, qui va bercer son enfance de Jazz, de Soul, etc.
Originaire de la ville du Port, il s’essaye à l’écriture de textes de Rap dès l’âge de 11 ans en ayant pour modèle Eminem, Cypress Hill et d’autres grands noms de la culture Hip-Hop.
En 2005, il déménage dans le Sud de l’île, dans les hauteurs, à la Plaine-des-Cafres et s’initie à la culture reggae qui l’inspire réellement car il débute l’enregistrement de quelques sons, chez lui.
Dans la foulée, en 2007, il fonde le groupe « Rask » avec Mighty Lion et Kérozen pour s’exprimer sur des sonorités hip-hop, dancehall et reggae.

 

La véritable révélation pour le public réunionnais, c’est en solo avec le titre « Alé a ou » en 2013 qu’il l’obtient. Depuis Pix’l a sorti un album qui a fait ses débuts timides et il est enfin de retour pour plus de productivité, j’espère.
Pix’l

 

Si vous avez déjà entendu la musique de Kalash, vous savez certainement qu’il est difficile de lui coller une étiquette pré-définie comme on aime souvent le faire en France. Kalash, c’est un bouillonnement de Rap, de Reggae, de DanceHall, tout cela sur un fond de culture caribéenne.

 

Kalash peut lâcher un gros freestyle en créole martiniquais en direct d’un soundsystem avec Admiral-T, comme il peut sortir un couplet rap sur « Rouge et Bleu » avec Booba. Dans ses moments love, il peut nous gratifier d’excellents sons suaves comme « Moments gachés » ou « Taken« ; sa limite est difficile à tracer.

 

En vérité, la seule étiquette que l’on peut attribuer à Kalash, c’est qu’il « vient des îles » sinon pour la musique il passe d’un style à l’autre en l’espace d’un refrain. Cet éclectisme est globalement un risque à prendre dans le Game français et Kalash a su en faire une force pour propager son art et son style.
C’est le premier point sur lequel je retrouve vraiment une similtude avec Pix’l. Comme Kalash, c’est un « mec des îles » et il fait du très bon reggae, des couplets rap précis et surtout des chansons d’amour à faire pleurer n’importe quel « kaniar » (racaille en réunionnais).

 

De plus, comme Kalash, il change de flow et de langues : du français, au créole, à l’anglais sans peine ce qui rend sa musique surprenante et inattendue.

 

 

Stratégie & Exécution

 

Les premiers succès de Kalash étaient locaux. D’abord avec son premier album « Kalash » en 2010 et le titrePran Piéqui a été un succès colossal aux Antilles et qui lui a permis de gagner coup sur coup, la « Révélation dancehall 2010 », le « Meilleur artiste reggae-dancehall 2011 » et le prix SACEM martiniquais de la catégorie Reggae Dancehall en 2010.
Après avoir marqué les esprits avec son premier album, Kalash revient 2 ans après avec un album intitulé #Classic, très dancehall. D’après moi, le succès a continué à rester caribéen pour le moment.

 

C’est vraiment en 2015 que Kalash trouve une nouvelle recette pour sa musique. Un mélange de DanceHall sur une instrumentale très Trap, titré « Bando » qui fait référence au quartier où tous les vices et business se passent. C’est dans ce son qu’il sort la fameuse phrase auquel va faire référence un featuring avec Booba une année plus tard : « Rouge et bleu, couleurs gyrophares ».

 

 

C’est d’ailleurs grâce à Bando que Booba commence à relayer massivement Kalash pour lui donner la force et l’exposition en France Métropolitaine.

 

D’ailleurs Booba sera présent sur 2 titres dans l’album qui sortira en 2016, « Kaos ». Sa détermination finit par payer et il surfe sur le créneau Rap, Trap plus que jamais en 2016, il s’est certainement rendu compte que c’était le style florissant le plus proche de sa musique initiale. Un pivot stratégique.

 

Pix’l de son côté, qui a eu une première exposition avec « Alé a Ou » en 2013, un premier single reggae chanté, va mettre au final 3 ans à sortir son premier album « Nouveau Départ ».
A ce sujet, Je pense que Pix’l n’attendait pas du tout le succès de son premier son sur Youtube et il n’était pas prêt à enchainer pour capitaliser sur le buzz qu’il a eu. Au final, l’enthousiasme a eu le temps de s’essouffler jusqu’en 2016 et l’album n’a pas eu le succès escompté, à la hauteur du buzz de Alé a Ou.
C’est dommage surtout que globalement, si on aime la voix et le style de Pix’l, l’album ne peut pas décevoir. Toujours fidèle à son style Reggae léger et R’nB/ Hip-Hop par moment mais en retard par rapport à l’intérêt créé de base.

 

 

Depuis son premier album en 2016, c’était un peu le silence radio pour Pix’l. Bien évidemment, il a clippé quelques sons de l’album mais pas de nouveau titres exclusifs ou de nouvelles annonces.
Son retour il y a 2 semaines m’a fait très plaisir, surtout que le son est très bon et toujours fidèle à son style. Normalement, c’est le moment où Booba ou un autre artiste influent le contacte pour faire un feat pour passer la prochaine étape commerciale. Même si Stone est un bon son, je ne pense pas qu’il aura la traction de Bando de Kalash pour le moment.

 

Aucune annonce particulière vient avec ce son mais la promesse d’une année 2019 plus riche pour Pix’l : « En ce moment, j’opère sur un projet en cabine, je ne peux plus répondre » !

 

 

Kalash, quant à lui, est plus que jamais assis à la table des artistes qui « palpent » et qui font bouger des têtes dans toutes la France. En 2017, il a sorti l’un des sons de l’année, Mwaka Moon, en featuring avec le rappeur le plus côté du moment, Damso.
Le 4ème album de Kalash, Mwaka Moon est déjà une consécration : 15,000 ventes la première semaine d’exploitation, des featurings prestigieux avec Damso, Niska, Lacrim, Vybz Kartel ou encore Mavado.
Il a également fait le Zénith de Paris pour l’occasion.
Tout se passe comme prévu.

 

Game Plan

 

Si on devait retirer quelques leçons de ces comparaisons et du parcours plus avancé de Kalash – en gardant en tête que chaque artiste à ses propres objectifs et sa vision du succès – on pourrait se dire que si Pix’l veut assurer la pérennisation de son succès d’estime pour le transformer en succès commercial, il pourrait :
  • Dans un premier temps, s’imposer plus de régularité au niveau de sa production musicale. Si ce n’est pas le cas, tenir informés sa « fan base » via les réseaux sociaux. Sortir des sons, aussi bons soient-ils, ne suffit plus.
  • Garder un cap musical, qui peut être à la croisée des styles reggae et hip-hop/ trap comme il l’a fait sur « Stone ».
  • Devenir une référence réunionnaise
  • Être la force inspiratrice pour les jeunes artistes hip-hop réunionnais en faisant voyager sa musique en hexagone.
  • Pour dépasser ses frontières, se connecter avec des artistes plus établis, au public complémentaire : Josman, Jok’Air ou Luidji sont des exemples.
  • Travailler sur des visuels originaux pour mettre en avant La Réunion et se différencier de la sphère rap français.

 

Pour conclure, je replonge dans mes souvenirs pour me rappeler de la découverte du titre « Alé a ou » en 2013 qui coïncidait avec mon départ de la Réunion. Ce son m’a marqué et accompagné dans mon déménagement et j’étais absolument certain que Pix’l allait avoir un grand avenir devant lui dans la musique locale et nationale.

 

Aujourd’hui, nous sommes déjà en 2018 et nous n’avons eu droit qu’ à un seul album de l’artiste et de nombreux clips.
Même si j’ai eu l’occasion de le voir en showcase à Paris en 2016, je ne suis toujours pas convaincu de ses ambitions pour sa carrière.
En écoutant sa musique, on est certain de comprendre la sensibilité, les émotions et l’amour pour la musique mais c’est à se demander si Pix’l veut d’un succès comparable à celui de Kalash. J’ai surtout l’impression qu’il veut préserver la pureté de son art et c’est tout à son honneur…
Mais les réunionnais en attendaient, et attendent toujours, plus de cet artiste qui a clairement les atouts pour marquer son temps. La Réunion est réellement en quête d’artistes locaux qui pourront apporter une exposition positive pour l’île, surtout avec la mauvaise presse que nous recevons en ce moment.

 

Seules les 2 prochaines années et de nouveaux projets pourront réellement nous dire si Pix’l veut conquérir le monde ou s’il se satisfait de sa liberté.

 

Alors, à votre tour de vous exprimer sur le sujet dans les commentaires en nous disant si vous souhaitez que Pix’l mette la Réunion sur la carte, comme la fait Kalash avec la Martinique ? A-t’il d’après vous, tout ce qu’il faut pour le faire ?

 

 

The G.

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