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BOSS DE LA VIE LA : un incontournable de la trap locale signé KEYO

Keyo est un rappeur de Sainte-Clotilde, du quartier des Alamandas qu’il représente fièrement. Se définissant comme un rappeur « qui fait du sale », son style et sa plume s’inscrivent résolument dans la dynamique Trap.

 

Il n’y a qu’à se rendre sur Youtube pour se rendre compte de l’éventail de titres et de collaborations qui jalonnent déjà le parcours du rappeur. Featurings, solos, on se délecte de nombreux titres aux vibes street et énergiques qui nous enjaillent dès les premiers lyrics débités.

Vous pourrez par ailleurs le retrouver en interview chez nous, en freestyle inédit et plus récemment sur une nouvelle interview live donnée sur Instagram ; foncez-y pour approfondir votre découverte de l’artiste !

 

 

Bien entendu, au vue de son caractère prolifique (il nous annonçait dans son interview passer environ 4h par jour à travailler la musique!), on s’attendait à la sortie d’un projet. En ce début du mois de décembre, Keyo anticipe les cadeaux et nous délivre « Boss de la vie là », une réelle bombe de pure trap créole qui s’impose comme un instant classic du genre à la Réunion.

 

On dégoupille la grenade sur l’intro Projet X. Audi, Jack Daniel’s, posé tel un boss dans le quartier ; le track sonne comme une véritable déflagration d’égotrip qui teinte d’entrée de jeu le projet et ayant eu droit à sa version clipée par les réalisateurs réunionnais Lucas Paüs X Dalov Production.

 

« …Mon vie lé pa un fleuve tranquille comme la Seine… » – Projet X

Un présage qui annonce que c’est tout l’ensemble du projet qui promet de ne pas être tranquille !

 

Tout le long de la mixtape, j’ai eu envie de mettre de côté ma bonne conduite et ma vie tranquillement rangée pour sortir le cross, « roue-arriérer » des G-M (vous comprendrez) et la concu’, tout en dépoussiérant mes altères pour y expulser toute ma rage, mais dans une logique d’atteinte d’objectifs ! Les sons de Keyo envoient une énergie qui donnent envie de se lever, de se réaliser et de faire les choses pour  soi, de tout rafler, une vraie motivational trap !

 

Ce sentiment de rage est renforcé par les nombreuses prods de DJ Gos ou encore des itérations de « Lucra j’me sens bien dans la prod’ » aux consonances guimzyzées qui en guise de préambule de nombreux sons résonnent comme la corne de brume d’un chef de guerre passant dans les rangs pour galvaniser ses troupes : on sait que du lourd et que du sale, du très sale même, va déferler sur les rangs adverses !

 

 

« …passe voir moins dans la soirée si ou veut fréquente l’infréquentable » – Boire au goulo

 

Un élément qui m’a bien marqué dans le projet de Keyo, c’est sa fascination pour les figures du grand banditisme ou du crime organisé, qu’elles soient fictives ou réelles

On retrouve ainsi de nombreuses allusions à Pablo Escobar, connu pour les sommes astronomiques générées par son business ainsi que pour son goût pour la démesure, notamment dans la possession de nombreuses propriétés.

 

L’évocation du baron de la drogue colombien est encore renforcée sur le titre Colombiana  en feat avec Geno, où fusent les « arriba », « senorita » « traficante » « tequila » ou autres « speedy gonzales », faits pour nous plonger au maximum dans cette ambiance de bas fonds latinos sur une instru dont les premières notes sonnent légèrement comme Tuyo de Rodrigo Amarante, générique envoûtant de la série Netflix Narcos.

 

Sur le titre onomatopéique  Bing Bing Bing  en feat avec Ice’Seb et Caïd, qui sonne comme une rafale de balles sur les faux, c’est Scarface et l’immense Al Pacino qui sont mis à l’honneur dès l’intro avec le légendaire « say hello to my little friend », scandé par Tony Montana avant qu’il ne fasse feu sur ses ennemis avec son lance grenades !

 

On l’aura compris, ce sont des personnages, des anti-héros s’étant bâtis des empires dans l’économie parallèle. Ce sont des modèles pour tout aficionados de la street désireux de s’en sortir via tous chemins possibles

Cette source d’inspiration va même jusqu’à se retrouver sur le visuel qui illustre le projet sur lequel a travaillé le versatile Lucas Paüs pour inscrire l’artiste dans la dualité.

En effet, on vit la street, elle présente de nombreux vices et travers dans lesquels il est simple de tomber et ne présente que peu d’axes de sorties nobles, comme le sport ou encore la musique. Cependant, elle inculque également de nombreuses valeurs, comme celle de la loyauté envers ses vrais et de la véracité dans la transcription de ce que l’on vit.

 

L’objectif est en effet l’atteinte de la villa, et c’est là où le jeu homophonique devient intéressant. En ayant accès à « la villa », Keyo deviendra le boss de « la vie là ». Cette vie, c’est celle de l’opulence, de la sérénité, l’atteinte d’une vie sans soucis financiers, pour lui et pour ses proches, tous seront mis à l’abri du besoin. L’objectif de l’artiste est plus que louable !

 

 

Si les sonorités et les discours sont majoritairement brutaux, Keyo nous offre certains moments plus softs, comme sur le surprenant Evader, un track davantage introspectif.

 

Ma toujours vive dann malizé

Oui, m’a toujours lutté

…mi veut pas être victimisé

mais c’est la réalité

 

Keyo aborde ici comme il le dit si bien un monde hypocrite banalisé où de nombreuses personnes dans la difficulté et la précarité sont sous le joug d’un système d’exploitation bien calculé.

Oui il se défoule, oui il est hardcore, mais Keyo est un humain comme tous. Sans se plaindre de sa situation il affiche ce besoin d’extérioriser par la musique et montre qu’il est pleinement conscient de tous les maux sociétaux qui l’entoure.

Ces constats sont toujours présents sur Na misé  en feat avec Attila, qui a eu droit à sa version 2 aux basses plus présentes et profondes, quelques jours après la sortie de l’EP.  La voix d’Attila porte la volonté et l’espoir d’un meilleur futur afin de s’en sortir.

 

Mais soyez rassurés, le « sale » énergique est majoritairement présent dans le projet et vient même le clôturer sur le titre  Mi sa fé le biff. Nous avions eu l’honneur d’en avoir un aperçu lors d’un freestyle exclusif made in Run Garden sous le titre Mi sa baré.

 

Sur une instrumentale assez surprenante aux sonorités rock, il nous délivrait un street freestyle aux Alamandas, entouré de ses vrais, auquel il rajoute la très plaisante envolée technique du « tron-pa » saint-andréen Guimzy, un des piliers du groupe 240 GANG.

 

Ou pike en traite parey un zarrête

Ou na pwin le flow mem si ou met’ Supreme

 

On apprécie toujours ce timbre unique, cette plume qui prête à sourire mais qui se révèle redoutable dans ses projections d’images.

J’ai réellement apprécié ce projet de 9 titres (10 si on compte Na misé version 2) qui sur une trentaine de minutes s’impose comme une démonstration de force pour Keyo pour qui la Trap semble être une évidence.

 

Une bonne demi-heure d’écoute qui fait bouger les têtes dans les gova, kan y pousse la fonte réveillant en nous les instincts les plus «Gang ». On dénonce, on extériorise, mais surtout on se déchaîne, on se défoule et on se sent rempli d’une paradoxale motivation pour abattre les obstacles sur le chemin qui mènent à nos réussites et à l’atteinte de « la vie là »

Qu’attendre pas la suite pour Keyo ? Quelques clips autour du projet ou des tracks sur la très à la mode Drill ? Hâte de découvrir tout cela en tout cas !

Et vous les G’s qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à nous faire part de vos retours !

 

 

Tony D

 

 

 

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