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Lomepal, le rappeur skateur au Grand Coeur đŸ‘«

Ces derniĂšres annĂ©es, la scĂšne rap a beaucoup changĂ©. Encore jusqu’à rĂ©cemment, le rap Ă©tait vu comme une culture alternative issue en majoritĂ© des quartiers et des zones sensibles. Le rap parlait, dans ses grandes lignes de halls d’immeubles, de drogues, de rĂšglements de compte, de gros billets et de “pĂ©tasses” mais ces derniĂšres annĂ©es, les sujets abordĂ©s ont changĂ©; et pour le mieux !

 

 

On a Ă©tĂ© chanceux de voir Ă©merger un (re)nouveau rap plus travaillĂ© poĂ©tiquement et musicalement avec pour tĂȘtes de file des artistes comme Damso, Orelsan ou encore Nekfeu. Avec eux, et bien d’autres artistes, est arrivĂ© un rap qui ne parlait plus forcĂ©ment de la vie des quartiers et de leurs problĂšmes inhĂ©rents mais d’une rĂ©alitĂ© toute autre, plus reprĂ©sentative de la vie de ces derniers. Alors, un nouveau processus s’est enclenchĂ© au sein de la sociĂ©tĂ© et des milliers de français se sont mis Ă  aimer ce type de rap et Ă  s’intĂ©resser au Rap Game dans sa globalitĂ©. Effet boule de neige si tu vois ce que j’veux dire. Antoine Valentinelli a.k.a LOMEPAL fait clairement partie de cette nouvelle vague et nous allons comprendre comment il a pu sortir son Ă©pingle du jeu rĂ©cemment en surfant sur cette nouvelle tendance rap.

 

L’Histoire du garçon au visage pñle

 

Lomepal a grandi dans une ambiance « atelier de crĂ©ation oĂč il y avait souvent des grandes expos » dans le 13Ăšme arrondissement de Paname (Paris la Capitale, pour les plus traditionalistes) entourĂ©e de femmes – sa mĂšre et ses deux sƓurs – car son pĂšre a quittĂ© le foyer alors qu’il Ă©tait encore assez jeune. Antoine a toujours baignĂ© dans un univers artistique car sa mĂšre Ă©tait artiste-peintre et dotĂ©e d’une grande sensibilitĂ©. C’est d’ailleurs elle qui faisait vivre, parfois dans l’instabilitĂ© financiĂšre, la famille grĂące Ă  la vente de ses Ɠuvres. La naissance du personnage “LOMEPAL” s’est faite initialement au lycĂ©e lorsqu’Antoine commence Ă  se faire des potes qui aiment le rap et s’initient dĂ©jĂ  Ă  faire leurs propres sons et clips. On sait aujourd’hui, par exemple, que Nekfeu et la clique de l’Entourage Ă©taient des potes de lycĂ©e et qu’ils ont commencĂ© Ă  kicker ensemble et Ă  zoner dans Paris la nuit.

 

Ce premier son, Lomepal en a beaucoup parlĂ© dans ses rĂ©centes interviews parce que tous les journalistes lui ressortent systĂ©matiquement ce vestige. Il en a encore honte aujourd’hui parce qu’il se trouve “bidon”. On peut lui accorder le fait que sa voix manque d’assurance, son flow est monotone, sa gestuelle approximative et ses lyriques assez alambiquĂ©s. Mais c’est les dĂ©buts, c’est normal !

 

A l’opposĂ© de ses premiers pas dans le rap, Antoine assure dĂ©jĂ  sur une planche et raye sans respect le bitume avec son skate : une passion parfaite pour compenser ses lacunes en sport comme il le dit lui-mĂȘme dans son rĂ©cent son, Deux (A lire), Ă©crit pour la campagne Apple. VoilĂ  un fanatisme qui ne l’a jamais quittĂ© et une identitĂ© qui lui a largement permis de faire sa place aujourd’hui dans le Rap Game. Dans sa musique, il parle assez souvent de ses Roadtrip faits avec des potes pour skater dans les quatre coins de la France et jusqu’en Espagne. D’ailleurs, je pense qu’il aurait pu en vivre mais il est lucide sur le sujet : le skate n’était pas encore ultra populaire en France, la culture nous venait plutĂŽt des States, toujours avant-gardiste sur les tendances.

 

“En roadtrip de Marseille jusqu’à Marbella, y’a des sessions pour lesquelles j’aurais claquĂ© ma paye”– Bryan Herman, Extrait de Flip (2017)

 

Lomepal est dans le son depuis 2011. Il a dĂ©jĂ  sorti 5 EP mais je pense qu’il a commencĂ© Ă  ĂȘtre Ă©coutĂ© Ă  partir du deuxiĂšme, sorti en 2013, Le singe fume sa cigarette. A partir de lĂ , il en a sorti 1 quasiment tous les ans jusqu’au plus cĂ©lĂšbre, MajestĂ©. Antoine avait commencĂ© des Ă©tudes dans le cinĂ©ma mais il a vite coupĂ© court pour se consacrer au Rap. A travers sa musique et le rythme de ses sorties, on a parfois l’impression qu’il se cherchait encore beaucoup, qu’il se demandait s’il avait une lĂ©gitimitĂ© Ă  le faire. Je pense d’ailleurs qu’il Ă©tait parfois trop « Outsider » (A Ă©couter) pour la scĂšne française rap. Il avait raison Ă  l’époque mais il a persistĂ©.

 

Mais le vent a tournĂ© pour les rappeurs “atypiques” parce que le rap s’est popularisĂ© et a commencĂ© Ă  toucher un public diffĂ©rent, plus large, souvent originellement auditeur de la Pop en France. Des milliers de personnes ont commencĂ© Ă  Ă©couter ces artistes qui ne collaient pas aux “codes ghetto/gansgta” du rap mais en faisant de l’excellent rap tout de mĂȘme. On peut Ă©galement passer un shoot-out Ă VALDqui fracasse le game cette annĂ©e.
Donc, le rap s’est “pop-ularisĂ©”, et les sujets traitĂ©s ont pris de nouvelles couleurs.. Enfin, on pouvait parler plus ouvertement d’amour, de sentiments ou de vie normale tout court et ĂȘtre Ă©coutĂ© par un auditoire plus large, fan de bonne musique et rĂ©ceptif au Rap. Lomepal l’a dit dans une de ses interviews sur Clique, le rap Ă©tait devenu un outil pour faire des couplets et il a pu en profiter.

 

La vĂ©ritable rĂ©vĂ©lation au public français et international s’est faite grĂące Ă  son premier album,FLIPsorti en 2017. On retrouve certainement les mĂȘmes dĂ©lires et problĂ©matiques Ă©voquĂ©s dans l’EP MajestĂ© et les prĂ©cĂ©dents, mais avec un univers musical beaucoup plus complet. A travers 15 titres, il fait briller toute sa personnalitĂ© : il rĂ©affirme son amour pour le skate (FLIP est une figure en skate) en Ă©voquant son idole Bryan Herman sur un titre Ă©ponyme. Il booste son ego et son dĂ©calage avec l’industrie en nous prouvant qu’il est le meilleur dans ce qu’il fait avec des nouveaux flow, des nouvelles instrus plus musicale, loin des sentiers battus du rap.

 

Sur cet album, Lomepal a su nous ouvrir les portes de son univers et de sa vie personnelle. Notamment sur la chanson, Sur le Sol, oĂč il parle de sa mĂšre et de ses problĂšmes de santĂ©. Il nous immerge dans ses Ă©motions trĂšs fortes en lien avec la mort, la dĂ©pression et les envies de suicide.. Un titre incontournable pour sa musicalitĂ© et son message saisissant. On retrouve encore une fois la logique implacable de Lomepal pour faire de la musique qui touche les gens : s’inspirer de sa vie, pour retranscrire des Ă©motions qu’il a vĂ©cu auparavant. Dans le commun des mortels, nous avons tous ressentis certaines mĂȘmes Ă©motions et il en joue avec brio en nous racontant ses histoires.

 

Yeux Disent
 Tout.

 

 

Le morceau de cette semaine est extrait du dernier album FLIP et il va justement ĂȘtre question d’émotions : d’ego et d’amour. Un rap assez reprĂ©sentatif d’une facette de sa personnalitĂ© et de facto, de l’univers musical de Lomepal avec un titre Ă©vocateur,Yeux Disent. Il s’agit certainement du morceau qui a le plus cartonnĂ© sur son album mais je suis certain que peu nombreux sont ceux qui ont perçu toute la sensibilitĂ© des paroles : on parle quand mĂȘme d’une relation amoureuse Homme/Femme et des Ă©motions qui s’y mĂšlent, donc c’est trĂšs souvent INTENSE.

 

« On sait trĂšs bien comment ça va finir  »

 

On cerne dĂšs la premiĂšre phrase prononcĂ©e une promesse prĂ©monitoire sur ce son et sa relation amoureuse. Également, on constate l’état d’esprit de l’artiste qui se place en position dĂ©fensive/ protectrice face Ă  cette relation. On notera Ă©galement que l’une des forces de Lomepal, c’est qu’il nous projette rapidement dans son histoire et ses paroles nous Ă©voquent souvent des images visuels.« EnchantĂ©, Antoine, je brise les rĂȘves et les cƓurs mais j’ai un bon fond promis ». Aujourd’hui, les filles savent que beaucoup des mecs qui les abordent pourraient commencer leur phrase de la sorte.

 

Cette chanson raconte l’histoire d’une rencontre entre un mec et une meuf. Le mec rĂ©ussit Ă  sĂ©duire la fille par sa sincĂ©ritĂ© et son cĂŽtĂ© touchant mĂȘme s’il reste fonciĂšrement un mec assez Ă©goĂŻste et prĂ©tentieux. On apprend rapidement que le mec a une carriĂšre grandissante et publique et surtout, qu’il en parle beaucoup.

 

« Je parle trop souvent de ma musique, ça a peut-ĂȘtre un peu empiĂ©té »

 

Au final, on ne parle pas vraiment des moments qu’ils ont pu vivre ensemble, des promesses qu’ils se sont faites mais on imagine qu’il y en a forcĂ©ment eu. Aujourd’hui, Lomepal se trouve dans une situation dĂ©licate car il doit gĂ©rer sa cĂ©lĂ©britĂ© naissante et sa relation avec sa copine mais Lomepal prend doucement le dessus sur Antoine
 Lomepal vit sa vie, met de cĂŽtĂ© ses doutes et en plus, il a « la belle vie, fait des bons morceaux et des bons concerts » alors son investissement dans la relation dĂ©croit avec le temps, il commence Ă  ĂȘtre sans cƓur avec cette fille en la rabaissant et fini par lui froisser dans le cƓur avec ses paroles tranchantes
 L’heureuse Ă©lue est amoureuse, elle n’en tient pas vraiment compte, elle demande mĂȘme dans le refrain « pas de vengeances, pas de sourires forcĂ©es » mais ses « yeux disent le contraire » car sa tristesse vis-Ă -vis de la situation la trahit; c’est le reflet de son Ăąme en peine.

 

Dans le second couplet, il rĂ©alise la situation aprĂšs s’ĂȘtre emportĂ© et avoir perdu le coƓur de sa petite amie. Il se rend compte qu’il a certainement gĂąchĂ© cette relation Ă  cause de son ego et qu’il cherchait Ă  travers cette relation un boost pour son ego avec une belle fille alors que cette derniĂšre Ă©tait sincĂšre, elle. C’est son manque de confiance en lui et son ego surdimensionnĂ© qui a ruinĂ© cette relation et il s’en rend compte. Sur le coup, il est gonflĂ© de fiertĂ© mais lors de la chute, il se rend compte que c’est son propre cƓur qui a Ă©tĂ© touchĂ©.
Il pensait ĂȘtre gagnant dans cette histoire mais il l’a perdue et il s’est perdu par la mĂȘme occasion.

 

Au fond, l’histoire et les dĂ©tails n’ont pas d’importance pour Lomepal et il a raison. Ce qui compte dans la retranscription de cette histoire et dans le processus crĂ©atif des paroles, c’est le rappel de l’émotion qu’il crĂ©Ă©, le ressenti de la mĂ©lancolie qui nous pique Ă  nouveau et que l’on a pu avoir aprĂšs avoir blessĂ© une personne qui nous aimait. On retrouve encore une fois la mĂȘme stratĂ©gie employĂ©e par l’artiste pour nous faire vivre des Ă©motions sur une histoire qui n’est pas la nĂŽtre.

 

 

 

Bref, Antoine sait parler avec intelligence et ses mots sont toujours parfaitement choisis. Parfois il rappe, parfois il chante mais ce qu’il fait surtout avec brio, c’est nous raconter des histoires, nous plonger dans des ambiances qui vont nous rappeler des Ă©motions. Antoine a su se diffĂ©rencier grĂące Ă  sa musique imagĂ©e, pleines de rĂ©fĂ©rences littĂ©raires et de sentiments. Il nous fait plaisir Ă  travers ce genre de chef d’Ɠuvre en se faisant plaisir Ă©galement car je reste persuadĂ© que la musique reste sa meilleure thĂ©rapie contre ses dĂ©mons (anxiĂ©tĂ©, doutes, confiance, etc).

 

La suite va indĂ©niablement ĂȘtre brillante pour lui car il profite d’une notoriĂ©tĂ© grandissante dans la musique, la pop et la culture urbaine en gĂ©nĂ©ral. On voit de plus en plus de ses collaborations sortir au grand jour notamment avec Converse, Apple ou encore des artistes en vogue comme Lefa & Orelsan. What’s next ? Force Chef Antoine !

 

 

The G.

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