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On a écouté Q.A.L.F de Damso et on vous donne notre avis

ARTISTE : DAMSO

TITRE : QALF

DUREE : 45’05

ARTICLE : RUN GARDEN

 

 

“… Dernier album ou peut-être pas, la vie nous l’dira…”William (album Lithopédion)

 

Ainsi Damso nous laissait pantois sur le dernier track de son album Lithopédion, digne successeur d’Ipséité et de son aîné Batterie faible. Une discographie digne d’un retable auditif choc qui s’est imposé comme une Sainte-Trinité au rang des classiques du rap. Et ce, en seulement 2 ans !

2 ans auront suffi pour que Damso, de son vrai nom William Kalubi, se hisse au rang de prodige dans le paysage du rap francophone. Les éloges ne manquent pas. On l’adoube, on le canonise pour sa versatilité et son excellence dans chaque sentier emprunté. Le rappeur met d’accord, le rappeur séduit, le rappeur rassemble et fait l’unanimité. Pourtant, à l’antipode de cette effervescence médiatique, le rappeur se montre peu.

En effet, Damso ne délivre que quelques interviews, clippe peu et se fait discret sur les réseaux.

 

Sur ces deux années passées, il délivre tout de même quelques featurings remarqués tels que Personne feat Vegedream ou encore Promo avec Ninho. Il collabore aussi avec Hamza sur God Bless, qui sonne comme une explication de son mutisme : « l’album le plus attendu de l’année ne sortira pas c’t’année » pour cause des problèmes de santé de sa maternelle.

S’ajoutent à cela des morceaux de freestyle inédits que les fans s’amusent à baptiser : j’suis dans l’tieks, dans la valise, mort, … ou même des fragments de collaborations comme avec la future étoile KOBO

On tease, on tease, mais rien ne se précise. Damso prend son temps, le temps de la création, le temps de vivre.

 

Mais les fanatiques s’affolent, les cerveaux s’échauffent, on imagine des théories, on épluche l’alphabet grec et on lit l’album dans tous les sens d’une boussole…

17/09/2020 vint la délivrance :  le MC « Grand, noir et dur comme un bois d’ébène » sort le tant attendu et légèrement, pardonnez la néologie, PNLement teasé, QALF.

11, 7 millions de stream en 24h sur Spotify au moment où l’on écrit ces lignes et 14 titres dans le top 20 France plus tard, Run Garden, vous propose de revenir sur ce projet unique et multiple, qui n’aura de cesse de faire hocher les têtes et les émotions.

 

 

 

 

A la première écoute du projet, on retrouve sans vraiment trop de surprises les thèmes qui animaient les précédents albums. Nous serions tentés de pointer d’un doigt accusateur une certaine redondance, mais réflexions et écoutes d’interview post-sortie du projet oblige, force est de constater qu’il s’agit purement et simplement des thèmes qui caractérisent l’artiste. Des expériences de vie passées et présentes qui le définissent.

 

Damso se révèle hardcore, dans son rapport aux faux et aux femmes, évoque l’Afrique et ses complexités géopolitiques, mais aussi sa vie familiale entre la peur de perdre sa mère et les difficultés à être présent pour son fils

En toute transparence, des titres tels que Cœur en miettes, feat la belge Lous and the Yakuza ou encore Deux toiles de mer et Rose Marthe’s Love ont amené de l’eau salée aux yeux de la rédaction

Pour le premier, nous sommes surpris de découvrir une instrumentale et même une sonorité globalement Pop-Rock qui viennent avec la voix douce et juste de Lous contrebalancer des propos secs et vulgaires débités par Damso, qui hausse le ton au fil du son pour évoquer ses réussites dans les combats qui l’ont mené là où il se tient aujourd’hui.

 

« …Studios, tournées, père absent… » – Deux toiles de mer

Sur ce son, Damso enlève son armure, extirpe son cœur de sa poitrine pour l’ouvrir, nous le tendre et exposer ainsi une des plus vives douleurs ressenties : le manque de temps passé avec son fils.

 

La vie d’artiste entraîne moult heures en studio, des interviews, des showcases, des heures et des heures dans les avions, les trains, sur les routes. On se retrouve plongé en milieux inconnus auprès de gens qui nous le sont tout autant ; l’on obtient argent et célébrité, mais ce qui compte le plus pour nous, nous est le plus cher, on s’en retrouve éloigné.

Ce sont des heures à ne pas l’emmener à l’école, ne pas aller au parc avec lui, ne pas lui raconter une histoire, ne pas jouer avec lui…tous ses moments déjà passés et perdus, Damso ne veut plus en perdre une miette et tire la sonnette d’alarme.

 

« Ma passion est derrière l’micro ma mission est derrière l’fiston »Promo Ninho Feat Damso

Il prend conscience des responsabilités à endosser dans son rôle de père, les dissociant de ses activités musicales.

Le son est par ailleurs entrecoupé d’un interlude où son fils, probablement avec sa mère, lui laisse un message sur sa boîte vocale. Il explique ainsi une de ses sorties à l’aquarium où il a vu des poissons et « deux toiles de mer ».

Une naïveté dans la prononciation dont s’amuse Damso. Ce quelque chose d’enfantin et de « pas fait exprès », qui nous délivre un titre de track des plus poétique et spontané. Ce petit et discret rire où il peut se dire « mon fils, il lâche déjà des punchlines sans s’en rendre compte » …

On entend Damso sanglotant discrètement, s’en voulant sûrement des moments passés et perdus qu’il ne recouvrera jamais.

 

 

“Je me rends compte que ma présence valait bien plus que des billets” – Rose Marthe’s Love

 

Damso évoque et détaille, en sus de son souhait de davantage de proximité avec son fils, l’autre raison de sa prise de distance : la peur de perdre sa mère malade.

 

Les fans avaient compris depuis quelques temps que quelque chose clochait.

 

« …à l’hosto la daronne s’bat contre la mort son nouveau challenge » – Parovie Damso feat D.A.V

 

« Donc j’vais rien sortir cette année, jusqu’à c’que la daronne marche sorte de l’hosto » – God Bless Damso feat Hamza

 

Plutôt qu’un communiqué journalistique ou un long tweet/message explicatif, Damso a disséminé les raisons de son absence lors de ces quelques apparitions, montrant à son public qu’il ne l’oublie pas mais qu’il se concentre sur ce qui a le plus d’importance. Des propos largement compris et entendus du public qui lui a apporté le soutien escompté.

 

Il le déclarait d’ailleurs dans son interview en live auprès de Fred de Skyrock, qu’il s’est rendu compte, avec ce malheureux incident, qu’il ne connaissait pas vraiment sa mère.

Frôler sa perte a déclenché leur rapprochement. Il a ainsi pris du temps auprès d’elle, pour mieux la comprendre, s’enquérir de son histoire et de qui elle est vraiment.

 

Comment lui en vouloir de quoique ce soit ? Il est humain, il a simplement levé le pied au bon moment, pour se rapprocher des êtres lui étant le plus cher. Loin de la vie d’artiste, le retour à la réalité d’un père, d’un fils. On devrait même en suivre l’exemple.

 

 

Dans l’évocation des rapports, il convient également de souligner ceux que Damso entretient avec l’Afrique.  On les retrouve sous diverses formes, par exemple par la présence d’un featuring avec la star congolaise Fally Ipupa sur le titre Fais ça bien, qui nous régale d’envolées vocales sur les refrains aux sonorités africaines.

 

Il ne manquera pas de souligner les problèmes affligeant le continent sur Pour l’argent, où Damso débite ses couplets en alternant lingala (langue parlée en RDC) et français.

 

Président charlatan, bazo bebisa continent fort

(Président charlatan, détruisent continent fort)

 

Il émet ainsi une critique à l’égard de la présidence congolaise, mais cette plainte pourrait s’appliquer à bien d’autres pays du continent, avec souvent à leur tête des dirigeants présents depuis des décennies et qui peinent à transformer l’image et l’économie de leurs pays.

 

 

Damso peut autant saisir et faire couler les larmes que la sueur. On découvre en effet et avec grand plaisir, que QALF recèle de très bons bangers qui vont faire vibrer les enceintes et secouer les têtes.

 

C’est le cas notamment de tracks comme BPM ou D’ja roulé où les basses sont nwaar, saales et bre-som ; à écouter dans la gova ou dans un bon casque pour se remonter à bloc et aller au charbon ou à la salle !

Bien entendu, le banger qui tire son épingle du jeu est BXL ZOO, où Damso retrouve son fidèle acolyte belge Hamza, sur une instru aux teintes Drill ou l’on discerne quelques slides de 808. C’est à vrai dire le seul morceau drill de tout l’album.  A l’heure où le genre s’installe en maître dans l’hexagone, faut-il y voir une volonté de Damso de ne pas emprunter le même chemin que ses confrères du rap hardcore ?

 

Ta dernière vision sera un Desert Eagle qui tousse – Hamza

 

Celui qui fait chanter les Draco (cf Nobu) vous a prévenu, ils sont là pour faire pleuvoir les bullets et les rimes sur la concu’.

On image le H et le D zoner en gova vitres teintées, shades on, verre de Hennessy en main le long de l’Avenue Louise devant ses vitrines de luxe ! Bruxelles Vie !

 

 

QALF donne des impressions d’oscillations constantes, de changements, sans forcément suivre une trame ou une ligne directrice. Tantôt on se livre, tantôt on déborde d’énergie, tantôt on dénonce. Cela se révèle déstabilisant pour l’auditeur qui ne sait trop comment appréhender QALF dans son entièreté.

Quand on se dit « ça y’est, l’album part dans ce mood » ; nos images mentales s’en retrouvent bouleversées et Damso nous catapulte l’instant du track d’après sur une autre planète, aux sonorités et thèmes divergents.

Lors de son interview donnée le dimanche 20/09/2020 à Fred de Skyrock, Damso expliquait que son public avait tendance à le catégoriser. Certains voient ses sons comme ceux du « Damso mélodieux », d’autres du « Damso hardcore ». On dissocie même Damso de William !

Mais pour lui ces divisions n’ont pas lieu d’être car elles sont les composantes d’une seule et même personne.

 

Nous pensons notamment qu’une clé de cette compréhension réside dans l’interlude THEVIE RADIO, avec la voix de l’animateur radio belge VINZ, qui amorce le feat avec Hamza. QALF ne fonctionnerait-il pas comme un programme radio où l’on jouerait avec le bouton du transistor pour passer en revue les 14 sons qui animent le kaléidoscope émotionnel de Damso ?

Mais peut-être que nous allons nous mêmes trop loin. Comme le dit Damso, « Il ne faut pas toujours chercher la profondeur car parfois la profondeur réside à la surface ».

 

 

On arrive enfin sur la fin du projet, qui porte le paradoxal titre d’INTRO et qui a depuis beaucoup fait couler l’encre.

Il s’agit d’un son déjà bien connu que Damso a sorti il y’a environ 5 mois,  avec pour simple titre le pictogramme « VIE », marque de fabrique de l’artiste.

Sans le savoir, nous nous repassions en boucle l’un des titres phares de QALF. Si les sonorités rock surprenaient, on comprend désormais mieux leur rôle et pertinences en écoutant cœur en miettes.

La première partie du track peut être prise comme une réponse à son ancienne écurie ainsi qu’à une partie d’égotrip. Mais c’est après que survient la surprise !

 

En effet, la bande son se poursuit. On devine Damso sortant d’un véhicule, marchant sur du gravier au son des cloches d’une église vers laquelle il se dirige. Il monte quelques marches et entend dans les couloirs des chants et applaudissements, digne d’une ambiance festive, d’un gospel.

Cela rappelle une ambiance à la “bitch don’t kill my vibes” de Kendrick Lamar. En effet, les funérailles selon les cultures peuvent aussi se révéler festives…

Il semble s’adresser à ceux présents les remerciant à deux reprises. On entend ensuite les bruits du respirateur artificiel, présent dans une âme pour deux à la fin d’Ipséité puis dans les débuts de Festival de rêves s’affoler, pour ensuite entendre Damso hurler « NWAAAAR » suivi d’une voix automatique : « BATTERIE RECHARGEE ».

 

Voici notre modeste théorie, à modifier et agrémenter au bon vouloir des auditeurs et lecteurs et à ajouter à la pile de celles s’accumulant depuis peu :

Sur Batterie Faible, Damso s’est vidé. Il a dû entrer en quête du vrai soi sur l’album Ipséité à l’issue duquel il est victime d’un transfert d’âme, soit l’expérience de Walkin, qui l’a plongé dans le coma artificiel, dans lequel il se maintien sur Lithopédion.

 

Sur INTRO de QALF, c’est comme si Damso vivait une EMI (expérience de mort imminente). Il est entouré d’âmes bienveillantes qui l’escortent et l’exhortent au retour à la vie ; il revient et plus déterminé que jamais avec les batteries pleinement rechargées !

 

Pourrait-on en extrapolant y voir une image religieuse à la fin ? Celle d’un Dems qui a su faire le deuil de lui-même ou de ses torpeurs et tourmentes d’antan pour renaître ?

 

 

C’est cette énième interrogation qui amène notamment à questionner l’esthétisme de la pochette du projet. Ici pas d’images, pas de visuels. Seulement un nom d’artiste, un titre, une durée. Comme si un nouveau Damso se livrait à nous nouveau, vierge, prêt à redémarrer. Faut-il y voir un reset, une envie de repartir à zéro, une volonté de tomber l’armure et de faire abstraction de toutes fioritures ?

Il expliquait notamment dans son interview à Skyrock que la simplicité de la pochette résulte d’un acte délibéré afin que l’auditeur ne se concentre que sur l’essentiel : la musique et sa spontanéité.

 

Depuis INTRO, les spéculations vont bon train, on parle notamment de sortie d’un second album et Damso ne semble pas le nier. Serait-il volontairement taquin avec son public pour brouiller les pistes ou est-ce vraiment un projet en cours

Pour répondre, nous préférons reprendre à notre sauce les premières lignes de cet article et vous répondre ainsi :

 

«Double album ou peut-être pas ? La VIE nous l’dira »

 

Tony D.

 

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