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N’Dji profite du déconfinement et sort ‘’250 bars’’, une pépite pour les amoureux du rap.

Si le dancehall et les sons dansants actuels caracolent en tête des ventes, il convient de reconnaître que le rap réunionnais suit la course de près, nous proposant depuis ces dernières années une scène diversifiée et prolifique.

 

Depuis la station RG, nous observons toujours avec le télescope le ciel du rap local et les nombreux projets qui le constellent.

Etrange, les radars s’affolent… : un projet vient d’apparaître et fonce droit sur nous ! IMPACT ! La fumée se dissipe et on découvre avec surprise le dernier opus de N’Dji, intitulé « 250 bars ».

Telles les 7 boules de cristal, on rassemble les 7 titres de l’album qui nous permettent d’invoquer Shenron à qui l’on demande d’exaucer un seul souhait : « Donne-nous une frappe, une pépite pure rap pour les amoureux et passionnés que nous sommes ! »

Notre souhait a été accordé et on vous propose de décrypter tout ça !

 

 

Tel un Ninja sous adrénaline, N’Dji déboule d’un Salto Costal énergique sur le projet. Il dégaine alors son M.I.C affuté pour découper en one shot la prod’ sur 2mn19. Le cosmos du rappeur brûle et une pluie de punchs s’abat, énergiques, sportives ; véritables démonstrations de son talent et de sa palette de techniques.

Ce genre d’intro, ça marque les esprits et surtout, c’est réussi. Elle rappelle notamment G5 de Booba (sur l’album Futur), un rap kické en bonne et due forme par le DUC, qu’on croyait pourtant essoufflé, laissant l’auditeur pantois.

Salto costal nous fait le même effet car N’Dji tient à être clair : ici et avec moi, ça rappe, pour de vrai.

Sont évoqués dans le track une myriade de thèmes que nous aurons l’opportunité de retrouver au sein du projet : il y’a certes le Rap mais aussi par extension la street et sa culture.  L’Asie et la pop-culture tiennent également une place de choix ainsi que le sport, les mécaniques ou encore dans un cadre plus intimiste, ses origines.

Certains de ces thèmes se retrouvent même sur la pochette du projet : la police d’écriture rappelle les katakana (une des parties du syllabaire de la langue japonaise) et par extension le Japon. N’Dji se tient debout sur son bolide, toisant la ville illuminée et accompagnée d’une épée qui rappelle beaucoup celle de Cloud, mercenaire de Final Fantasy VII.

Un travail rigoureux, minutieux, qui démontre l’implication et la cohérence de l’artiste dans son projet.

 

 

 

Ses auditeurs le savent, N’Dji est un vrai afficionado du Rap. Il tient à rappeler son respect pour le genre, ses règles et ses codes dès le début du projet :

« Débute le 16 mode : moine shaolin

Couplet ninja envoy’ dormi » – Salto costal

 

Depuis son album « C.T.C » sorti l’an dernier ainsi que dans moult de ses productions précédentes, N’Dji s’est forgé une réputation de kickeur porte étendard du rap local, teinté de Old School et fervent défenseur de ses valeurs, que ces 2 mesures, déclamées dès le début du son, parviennent à résumer.

Un vrai couplet de rap c’est 16 mesures : on connaît ses classes, on écrit et on travaille.

Le rap c’est la revendication, mais c’est aussi le challenge, la compétition. Il est là pour envoyer la concurrence dans les cordes !

 

« Mi sort’ dans les zanés au d’ssus du coq kan navé pwin zétwals » – Boire ça

« Si le Renard y koné la ruse mi lé rusé comm’ un vié Macaque » – Boire ça

Chapeau bas l’artiste !  Plus que de redorer le Rap, c’est l’essence même de ce qu’est une punchline qui est mis ici à l’honneur. Cet arcane subtil qui consiste à vous envoyer en quelques mots une multitude d’images dans la tête pour vous faire figurer un concept, évoquer des souvenirs, ressentir une émotion.

 

Il suit le mouvement depuis la fin des 90’s, son expérience et son expertise sont forgées.

« Travay la plume assidument fait retentir le son du block » – Sango

L’univers de N’Dji c’est aussi faire la fusion aux potalas entre RAP et RUE, concepts indissociables l’un de l’autre. Le rap à ses règles on l’a vu et la rue à ses codes.

Ainsi, la mentalité anti- « demi-shapo blé » en fait partie intégrante. Revendiquant à de multiples reprises une position anti-système en référence aux forces de l’ordre qu’il taquine dans de diverses punchlines, parfois en étant cash :

 

« Aswar dan la kour si na lé flic prend sa kom un défi » – Jeunes Loups

Ou de manière plus imagée :

« Pou évit’ les peugeots bleus, les raccourcis faut connait’ » – Salto Costal

 

Il évoque aussi le fait d’être un homme, d’être fier et d’assumer.

« Evite les blablas comme Booba et Kaaris »Cobra

« Les masques tombent, les couilles se portent »Progresse

Ce sont des éléments que l’on retrouve également dans le track boire ça, où sur un rythme cubano-latino-trap, le rappeur évoque le ras-le-bol de la vie fictive sur les réseaux sociaux.

Le rap de N’Dji débusque l’imposture et fonctionne alors comme un rappel à l’authenticité.

 

On soupçonne également N’Dji d’être un kid des années 90 bercé au « club dorothée » et aux « Mini-keums ». A l’écoute, des souvenirs de la Playstation 1, Need For Speed / PES – FIFA, Dragon Ball Z et bien d’autres refont surface.

Ce sont des influences et sources d’inspiration récurrentes dans le rap, reprises chez de multiples rappeurs, comme Demi-Portion, ou encore PNL qui n’ont de cesse d’évoquer l’iconique duo formé par Vegeta et SanGoku

« Super Sayan cheveux jaunes » – Salto costal

 

La culture Asiatique et notamment la culture japonaise sont très présentes dans la discographie de N’Dji. Il évoque sur le projet des Ninjas, Samouraïs ou encore Yakuzas.

 

 

La rumeur dit également qu’il disposerait « du stylo de Toriyama » et, attention, qu’il « manie le flingue à la Cowboy Bebop », la concu’ est prévenue !

Si l’on extrapole, on pourrait même imaginer N’Dji kicker sur une instru à la Samurai Champloo façon Nujabes !

N’Dji sait titiller la nostalgie des auditeurs de rap nés dans la fin des années 90 / début 2000 et férus de mangas, un vrai plaisir !

 

Kréolité

Même si le projet sonne majoritairement trap avec des textes survoltés et techniques, cela n’empêche pas N’Dji de ponctuer de manière épisodique et avec brio ses textes d’allusions à ses origines.

Son père est africain, sa mère française. Mais N’Dji c’est avant tout un vrai créole. Cet enfant du métissage ne manque pas d’assumer et de crier haut et fort son attachement et appartenance à la culture de son paternel.

 

« D’mande le daron c’est le marron mes ancêtres » – Salto costal

 

« Kaf na 7 lécorces » – Progresse

 

Beau détournement de l’expression « Kaf na sept peau » pour évoquer la solidité et la robustesse de son paternel et de ses valeurs.

Il évoque également ceux qui seraient tentés de questionner sa légitimité dans la diaspora réunionnaise :

 

« Alors le jeune zorey, na un laccent macote ?

Retiens-bien, que le jeune zorey lé là et ke li jette soman ! » – Sango

 

Case closed

 

 

Un énième thème récurrent sur 250 bars, que cela soit dans les lyrics ou les sonorités / bruitages, c’est l’intérêt pour la vitesse et les gros bolides, ce qui nous amène à évoquer le son « Rouvèr » gros coup de cœur de la rédac’ de RUN GARDEN.

« Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? » déclamait Arsenik. Alors, une fois n’est pas coutume, on peut vous partager aussi notre ressenti !

Rouvèr, est non-seulement une gifle auditive, mais également le son le plus visuel du projet.

Rouvèr, c’est l’expression da’kour pour dire qu’on débride, qu’on repousse les limites, qu’on va se donner à fond

 

Lancé su la route et mi rouv’

Zaiguilles si contèr y rouv’

Ou entend le moteur y rouv’

Kafrine si côté y rouv’

 

On est complètement catapulté dans le son. On s’imagine dans une ambiance « la pousse » à la Fast and Furious où on fait crisser les pneus sur le bitume avant de s’embarquer dans une course-poursuite clandestine survoltée.

Un son qui nous renvoie en pleine figure toute l’énergie, que l’on a ressenti dès le début et qui se maintient tout le long du projet.

Si zot na la vitesse, mi na l’endu’Cobra

 

 

Plus qu’une pierre à l’édifice, c’est une véritable clé-de-voûte que N’Dji apporte ici au rap réunionnais. 250 bars c’est du rap, du vrai, énergique, kické, technique, du début à la fin et b*rdel, que ça fait du bien !

Loin de foncer tête baissée, N’Dji est de ces artistes qui font maturer leur art avant de nous faire déguster par la suite un millésime de qualité.

La richesse des textes, par les nombreuses punchlines qui les parcellent, leurs grandes technicités, nous font imaginer un N’Dji tel un savant dans son labo (DR Gero !) qui enchaîne tests sur tests jusqu’à sortir son projet une fois la perfection atteinte.

En gova, dans le casque, ou sur le rain-te en équipe, N’Dji délivre un projet street dont on se plaira à découvrir les multiples facettes au fil des écoutes.

Sur l’introduction, il évoque même le fait de se rendre à Boston ou même un jour de voir son art plébiscité (« Ptet’ un jour nou va passer dans le journal »). Un désir de reconnaissance et d’export à l’international que nous lui souhaitons de tout cœur.

N’Dji est un rappeur que nous n’avons en tout cas aucun mal à imaginer sur la scène du Rap français, à compétiter ou feater avec les meilleurs, car il sait mettre la pression avec passion et 250 bars en est toute la démonstration.

 

Tony D.

 


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